31 août 2006
Vernis à ongles
Il est bientôt onze heures du matin à Machinville. Le soleil, qui s’est couché tard la nuit dernière, baille, étire ses rayons, et finit par pointer le bout de son nastre. Les immeubles baillent à leur tour, clignent des fenêtres, et après s’être ébroués quelque peu pour prévenir leurs occupants, se redressent lentement dans la mordante fraîcheur matinale. Onze minutes plus tard, tout le monde est debout dans la famille Brandy. Sirose, la petite première, a le sourire qui est monté jusqu’aux oreilles ce matin, si bien qu’elle machouille négligemment les boucles que son parrain, le maire Grosillon, lui a offert pour son 5ème anniversaire. Elle observe sa petite sœur, Cusec, de 15 ans sa puinée, qui se badigeonne allègrement les ongles, les doigts et le nez de vernis à ongles, multipliant ainsi ses chances de finir la journée perchée dans un cactus copulatoire. Trop occupée par son peinturlurage, elle demande à Sirose d’aller accueillir le facteur.
- Sirose, sois gentille s’il te plait, va accueillir le facteur, moi je suis trop occupée par mon peinturlurage.
Celle-ci, sans mot dire, va chercher son tabouret pour accéder au tiroir à facteur, en extirpe un fusil presque aussi grand qu’elle, vérifie qu’il est bien chargé, puis s’en va trottiner gaiement dans le jardin pour guetter le fonctionnaire.
29 août 2006
Pré en bulles
Imaginez une ville où tout le monde a la même tête. Imaginez une ville où le maire se nourrit exclusivement de groseilles et peut décréter à tout moment que cette journée se déroulera à l’envers. Imaginez une ville où le facteur, que les nouvelles soient bonnes ou mauvaises, est systématiquement accueilli au fusil à pompe. Imaginez une ville où les enfants naissent avant leurs parents. Imaginez une ville où les chiens sont sous antidépresseurs et où les chats portent le béret. Imaginez une ville où l’on construit des cabanes dans les cactus. Imaginez que le déchaussement de la planète puisse causer une euphorie telle que les poissons sautent d’eux-mêmes dans les barques des pêcheurs. Imaginez une fouine qui se prend pour un goéland. Imaginez une population qui décide d’hiberner spontanément « pour voir comment ça fait ». Imaginez des immeubles qui s’allongent pour dormir la nuit. Imaginez un journal qui ne donne que les nouvelles du lendemain. Imaginez que le kiwi soit la monnaie de cette ville et que chaque licenciement conduise à devenir moine. Imaginez que votre nez puisse tomber dans votre café durant votre petit déjeuner. Imaginez que la couche d’ozone doive être changée. Imaginez qu’on établisse le palmarès des maris les plus volages. Imaginez une quincaillerie qui voyage dans le temps pour ses clients. Enfin, imaginez que cette ville est en réalité enfouie quelque part dans votre tête. Vous voulez une pelle ?